La mémoire
Vous avez une bonne mémoire ou constatez des oublis ?
Certains souvenirs vous perturbent ou au contraire vous apaisent, vous motivent ?
Je vous invite à réfléchir à ce qu’est la mémoire et à l’importance des souvenirs.
Qu’est-ce que la mémoire
La mémoire est la capacité du cerveau à encoder, stocker et retrouver des informations. Elle permet de conserver des expériences passées pour orienter les comportements présents et futurs.
L’encodage : transformation d’une information perçue (un son, une image, une idée, une émotion…) en une trace mémorielle.
Le stockage : conservation de cette trace dans les réseaux neuronaux.
La récupération : réactivation des informations au moment où on en a besoin.
Quels sont les différents types de mémoire
La mémoire à court terme ou mémoire de travail garde une information quelques secondes ou minutes (ex : retenir un numéro le temps de le composer). Sa capacité est limitée.
La mémoire à long terme se divise en deux grandes catégories :
La mémoire explicite (consciente)
- Mémoire épisodique : souvenirs personnels (un anniversaire, un voyage)
- Mémoire sémantique : connaissances générales (Paris est la capitale de la France)
La mémoire implicite (inconsciente)
- Procédurale : savoir-faire moteur (faire du vélo, écrire, nager)
- Conditionnements : associations inconscientes, habitudes, réflexes
Comment fonctionne la mémoire ?
Vous avez certainement déjà observé que des personnes ayant vécu un même évènement n’en gardent pas le même souvenir.
Cela s’explique par l’influence de nombreux facteurs sur notre mémoire, par exemple notre âge / expérience, nos perceptions sensorielles, nos ressentis, notre implication (acteur / spectateur), …
Vous avez sans doute également fait l’expérience de l’émergence d’un souvenir par l’évocation d’un mot, une chanson, une musique, une odeur, une ambiance, un lieu, … une perception par l’un de nos sens peut stimuler notre mémoire, éveiller un souvenir.
Selon Jean-Paul Guerlain « Le parfum est la forme la plus intense du souvenir » et pour vous, quelle est la forme la plus intense du souvenir ?
La mémoire est subjective, sélective, évolutive : variable
- Elle est influencée par l’émotion
- Elle dépend de l’attention
- Elle filtre l’information (biais)
- Elle peut être perturbée (stress, fatigue, traumatismes, surcharge cognitive)
- Elle se réécrit partiellement à chaque rappel
Les souvenirs ne sont pas des “fichiers” stockés, mais des réseaux d’activation qui se réorganisent, à chaque rappel, on recontextualise les souvenirs, parfois en les réinterprétant. La mémoire est reconstructive : un souvenir n’est pas figé.
Selon les expériences et les réflexions, un souvenir peut évoluer dans sa signification. Ce travail de mémoire — de remémoration réflexive — participe à la mise en sens de notre vie. On comprend qui l’on est, d’où l’on vient, ce qui compte pour nous, ce qui façonne notre vision du monde et donc notre personnalité.
La mémoire n’est pas objective : elle se reconstruit, se colore selon l’état émotionnel, l’âge, le contexte, les biais.
Tous les souvenirs n’ont pas la même importance : certains décisifs, d’autres anodins ; les souvenirs significatifs (positifs ou négatifs) influencent la personnalité.
Toutefois, la personnalité ne dépend pas que des souvenirs, mais également de l’environnement, des relations, des valeurs, des choix conscients, de l’éducation, ...
En quoi nos souvenirs sont-ils importants ?
La mémoire ne concerne pas seulement l’apprentissage ; elle construit la continuité du soi. La mémoire est le fil qui relie ce que l’on a été, ce que l’on est, et ce que l’on devient : il n’y a pas d’identité sans mémoire.
Les souvenirs (événements vécus, expériences, apprentissages, joies, souffrances…) constituent ce qu’on appelle la mémoire autobiographique. Grâce à eux, on garde une continuité dans le temps — on sait d’où l’on vient, ce que l’on a traversé et appris.
Cette continuité aide à construire ce qu’on appelle le “soi narratif” : l’histoire que l’on se raconte sur soi-même. Ce récit intérieur influence notre personnalité (valeurs, croyances, choix, motivations).
Les expériences marquantes influencent la réactivité émotionnelle, la résilience, la tolérance au stress, l’empathie, la confiance en soi…
Des souvenirs positifs ou des réussites passées peuvent renforcer l’estime de soi, l’optimisme, la motivation.
À l’inverse, des souvenirs traumatiques ou douloureux peuvent engendrer l’anxiété, la méfiance, la prudence, ou une sensibilité à la souffrance.
Au fur et à mesure de la vie, la mémoire accumule les expériences. Ces souvenirs aident à apprendre, à évoluer, à prendre des décisions cohérentes avec ce qu'on est devenu.
Ainsi, les souvenirs jouent un rôle central dans la construction de la personnalité parce qu’ils forment le récit de vie :
- ils donnent un sens au vécu,
- ils structurent l’identité,
- ils influencent les émotions, valeurs, réactions,
- ils nourrissent les choix, la maturité psychique, la résilience.
La mémoire n’est pas un simple stockage ; c’est grâce à son fil que l’on tisse le “qui je suis”.
Vous estimez certains souvenirs encombrants, lourds, envahissants, … vous aimeriez oublier certaines choses, effacer des souvenirs de votre mémoire, …
Pourtant, ils font partie de vous, ils ont contribué à votre construction, ils constituent votre expérience. Ils favorisent votre résilience, vous aident à appréhender le monde, votre environnement, les autres, et à vivre le présent, pleinement.
A celles et ceux qui accompagnent des personnes atteintes de troubles mnésiques.
Il est agaçant de répéter, fatigant de répondre à de nombreuses questions (parfois très surprenantes), triste de constater l’ampleur du vide qui s’accroît.
Même si c’est difficile, je vous encourage à garder votre calme et à mobiliser toute votre patience. Essayez d’être indulgent.e.s, de rester bienveillant.e.s.
Les malades ne le font pas exprès, leur mémoire s’étiole. Ils ne mémorisent plus les informations récentes, perdent progressivement leurs souvenirs plus anciens, leur vie s’efface.
Vous qui les connaissez, vous pouvez leur restituer ponctuellement une partie de leur expérience, les aider à reconstituer ce qu’ils ont vécu, à assembler les pièces du puzzle de leurs souvenirs, à combler les trous de leur histoire, leur rendre un peu de leur vie pour quelques instants.
Je ne vous propose pas de vous mettre à leur place car vous seriez désemparé.e, perdu.e, si seul.e et dépendant.e, trop affecté.e par cette perte totale de contrôle, de ne plus savoir, de ne plus pouvoir, de ne plus être celui ou celle que vous avez été. Tout une vie pour se construire et (soudainement ou finalement) tout vous échappe.
Même si les personnes ne s’en souviennent pas, un geste attentionné comme prendre la main, serrer dans les bras, faire un bisou, discuter, jouer, se promener, … leur permet de se sentir aimées, entourées, de briser leur solitude, de ressentir votre chaleur et votre affection. Alors même si c’est fugace, l’émotion est là.
Partagez simplement de bons moments, accordez-vous ensemble un peu de douceur, sans rien attendre de plus que de savourer le présent.
Vous vous demandez peut-être quel est le rapport de la mémoire, des souvenirs avec la relaxation.
La pratique de la relaxation offre un temps de détente, de retour au corps et à l’instant présent, bénéfique tant pour les malades que pour les aidants et les soignants, une parenthèse de calme et de sérénité.
Et puis, j’avais simplement envie de partager ma réflexion !
Nos souvenirs sont précieux, douloureux ou heureux, intimes ou partagés, ils jalonnent notre chemin en imprimant les traces qui nous font avancer, mûrir, gagner en maturité, ils sont les fruits de notre expérience, façonnent notre identité, participent à l’évolution de notre personnalité, ils racontent et dessinent notre vie, qui nous sommes.
En conclusion, voici un extrait de « Le Souvenir » de André Bridoux
« Les souvenirs me représentent toute une région de moi-même : la région de mon antériorité. …
Ils sont, avant tout, des serviteurs indispensables. Sans eux je ne saurais me tirer du problème de la vie. Sans eux, je ne connaîtrais rien ; sans eux je ne me connaîtrais pas ; sans eux, je n’existerais pas.
Je ne connaîtrais rien. Sans les renseignements innombrables que m'apporte l'afflux constant de mes souvenirs, ma conscience en face de l'univers, dans ses situations successives, serait tout au plus un profond désarroi.
Percevoir, c'est reconnaître, à la lumière des souvenirs. »







